Nos ordures tant aimées !

Nos ordures tant aimées !

vendredi, 17 février 2017 11:27
Nos ordures tant aimées ! Crédits: DR

La ministre Anne Désirée Ouloto (Ado), ministre de la Salubrité, de l’Environnement et du Développement durable, a décidé de débarrasser notre pays de nos ordures tant aimées. Elle veut que chaque premier samedi du mois, nous nettoyions les abords de nos maisons, enlevions les mauvaises herbes et nos sachets plastiques adorés, asséchions les flaques d’eau.

Elle veut aussi que nous jetions nos ordures dans les poubelles et non plus autour… Y parviendra-t-elle ? Personnellement, je ne le crois pas. Nous résisterons parce que, entre nous, comment veut-elle que nous vivions loin de nos ordures, de nos caniveaux bouchés, de nos cloaques, de  nos nids à moustiques ? Elle fait rire cette Ado ! Nous, Ivoiriens ? Vivre dans un environnement propre ? Elle nous prend pour des Ghanéens ou quoi ? Ou pour des Rwandais ? Voyez nos lagunes et nos plages.

Nous les avons tranquillement tuées les unes après les autres en en faisant des poubelles et des toilettes. Elle n’a qu’à aller regarder ce que nous avons fait des abords de la lagune à Blokosso, à Bingerville, à Treichville, au quartier Biafra, à Marcory, à Vridi, à Grand-Bassam, à Dabou… Quelle idée la nature aussi a eue de faire circuler des lagunes en pleine ville ? Ceux qui ont construit cette ville n’auraient-ils pas pu le faire ailleurs, là où il n’y  pas de lagune ? Et les bords de mer ! On fait quoi avec ça ? Nous, on en fait des WC.

Ils ont construit des villes au bord de la mer à Grand-Bassam, Grand-Lahou, Fresco, Sassandra, San Pedro, Grand-Béréby, Tabou, on ne sait trop pourquoi. Eh bien, nous n’en avons rien fait. Si, nous en avons fait des WC ! Ceux qui se plaignent ne savent pas combien c’est agréable de faire ça dehors. Regardez Yamoussoukro.

Nous avons transformé les lacs que Félix Houphouët-Boigny nous avait légués en brousse. Que voulait-il que nous fassions avec des lacs ? Lui aussi ! Il nous prenait pour qui, le Vieux ? Pour des gens sérieux, soucieux de l’esthétique de leurs cités, de leur environnement ? Il croyait avoir fait de nous des Blancs ou quoi ? Est-ce que nos villes ne sont pas plus belles ainsi, avec des ordures à l’entrée et à la sortie pour accueillir nos visiteurs, à tous les coins de rues, avec leurs caniveaux bouchés et pleins d’eaux noirâtres ?

Pourquoi veulent-ils que nous dépensions des fortunes à créer des centres d’enfouissement ou des décharges ? Avec quoi veulent-ils que nous construisions nos grosses villas, que nous achetions nos grosses voitures ? Nous, on vit bien avec nos ordures. Ado (la ministre) dit aussi qu’elle veut fermer la décharge d’Akouédo cette année. Elle est drôle cette dame ! Elle veut fermer la décharge avec laquelle nous vivons en si bonne intelligence depuis tant d’années, cette décharge dont nous respirons l’odeur pestilentielle depuis des décennies au point de ne plus la sentir, qui nous dépose de si grosses mouches bien vertes sur nos repas et de si charmants et dodus moustiques sur le corps, qui nous donne de si beaux cancers ! Qui lui a dit que cette décharge nous indispose ?

Elle ne voit pas tous les immeubles et ces grosses villas que nous avons construits tout autour de cette décharge ? Elle ne voit pas tous ces gamins, ces femmes et ces hommes qui vont fouiller cette décharge pour y trouver des objets à vendre ou à consommer ? De quoi veut-elle qu’ils vivent désormais ? C’est de la méchanceté ce qu’elle veut faire. On nous parle aussi de santé. Où est le problème ? C’est paludisme ou fièvre typhoïde qui va faire peur à des Ivoiriens ? Est-ce que ceux qui vivent à Akouédo ou à Adjamé sont morts ? Nous avons nos faux médicaments qui se vendent partout, nos tradipraticiens pour nous soigner, et ils ne coûtent pas cher. Si ça ne va pas avec eux, nous avons aussi nos pasteurs toujours bien sapés pour prier pour nous.

Madame la ministre, nous sommes des Ivoiriens et nous aimons vivre au milieu des ordures. Vous avez dû remarquer que lors des élections municipales, aucun maire n’a jamais été sanctionné pour n’avoir pas nettoyé sa commune. Vous voyez bien qu’aucun habitant d’Adjamé ne s’est jamais plaint de son maire. Nous primons des maires sans jamais inclure la salubrité et la qualité de l’environnement dans les critères d’appréciation.

La salubrité et l’environnement, le développement durable, excusez-moi de le dire ainsi mais, on s’en fout ! Ce qui nous intéresse, nous, Ivoiriens, c’est l’argent facile et en vitesse. Je suis désolé de vous le dire, madame la ministre, nous sommes des gens sales qui aimons vivre dans la saleté parce qu’il n’y a plus que de la saleté dans nos têtes. Vous voulez que le 4 mars nous sortions pour assainir notre environnement ? Vous verrez bien qui sortira. Rien que des Blancs et les Ivoiriens qui aiment jouer aux Blancs.


Venance Konan

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Written by  Venance Konan
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