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07 Septembre 2010 ι 13h14

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UN BIEN MAUVAIS COUP DE PUB
Par Tanoh Benoît 19.07.10 00h00 ι Mis à jour le 19.07.10 22h45
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Tanoh Benoît

Stéphane Guédé, Théophile Kouamouo, Saint-Claver Oula. Trois confrères de "Le Nouveau courrier" incarcérés depuis le vendredi 17 juillet dernier à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) pour «vol de documents administratifs». Il leur est reproché d’avoir publié, sous le titre "Le livre noir de la filière café-cacao", les résultats de l’enquête judiciaire sur le scandale financier portant sur les deux mamelles de l’économie ivoirienne.  Alors que les professionnels ivoiriens de la presse parlent de violation de la loi sur la presse de décembre 2004, qui supprime la peine privative de liberté pour tous les délits de presse, le Parquet, lui,  choisit de recourir au code pénal.


Dans l’affaire "Le livre noir de la filière café-cacao" publié par "Le Nouveau courrier", le Comité international de l’Union de la presse francophone apporte son appui à nos confrères qui n’ont pas livré leur source. La protection de ses sources par tout journaliste est un droit inaliénable dans toute rédaction et dans tout pays du monde, réaffirme l’UPF. Qui, dans un communiqué de presse produit le 18 juillet soutient que «…la responsabilité des éventuelles fuites, à tel ou tel niveau de la gestion de ces documents, ne saurait être le fait du public, encore moins, celui de tout journaliste, même si la mission de ce dernier passe par la recherche et la collecte de l’information, conformément aux règles universelles du journalisme ».

Par ailleurs, en attendant des réflexions sur les limites du journalisme d’investigation, comme l’UPF vient de le faire à Rabat au Maroc sur la "Responsabilité politique et sociétale des médias", le Syndicat national de la presse privée de Côte d’Ivoire (Synappci), soutenue par l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (Unjci) et l’Organisation des journalistes professionnels de Côte d’Ivoire (Ojpci), eux, ont-ils décidé protester contre ces trois interpellations.

«Si le procureur de la République défère nos amis à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), nous publierons le document en question dans nos journaux et sur Internet», prévenu le Synappci. Qui demande « la libération sans condition des trois journalistes». Si cette menace est mise à exécution, tout ce qui est caché dans les conclusions de l’enquête du Procureur de la République sera désormais su de tous. Aussi bien en Côte d’Ivoire et aux quatre coins du monde ; grâce notamment à la puissance de l’outil de communication qu’est Internet.

Déjà, les bloggeurs ivoiriens, relayés par leurs confrères d’autres pays on commencé à agiter la toile. Le dossier incriminé circule en format de fichier de document portable (PDF) sur Face-book, Skype et autres réseaux sociaux. Et, pour ce pays dont l’image est déjà écornée par dix années de crise militaro-politique, ce serait un bien mauvais coup de pub que la presse s’y mette.

En choisissant de maintenir les confères du "Le Nouveau courrier" dans les liens de la détention, la Côte d’Ivoire aura non seulement choisi de s’inscrire sur la liste des prédateurs de la liberté de la presse --Si l’on en croit Reporters Sans Frontière, pour cette année 2010, cette liste comporte 40 noms d’hommes politiques, de dirigeants d’institutions d’Etat, de chefs religieux, de milices et organisations criminelles qui font de la presse leur ennemi privilégié-- mais elle aura montré le doigt malade sur lequel chacun y viendra frapper.

En effet, si l’autorité judiciaire, sûre de son fait, choisit de ne pas faire machine arrière malgré les protestations de la presse dans son ensemble, alors elle mettra mal à l’aise tous ceux qui, à quelque niveau que ce soit, font de la restauration de l’image de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale, une préoccupation. Il est encore temps pour ces derniers de joindre leur voix aux organisations syndicales et unions de journalistes ivoiriens en vue d’une issue heureuse.

S’ils ne saisissent pas cette occasion, alors, ils devraient se garder de se plaindre, de crier au complot; d’autant que ceux qu’ils considèrent comme les "ennemis" attaqueront toujours par l’endroit où ça fait le plus mal.

La sagesse populaire enseignant que le bossu qui assiste à l'enterrement d'un autre bossu, dont on taille la bosse pour faciliter sa mise en terre, est averti, il faut avouer qu’ils ne seront pas nombreux les organes de presse téméraires, qui se désolidariseraient du mouvement de protestation initié par l’ensemble de la presse ivoirienne. Dès lors, l’on peut être certain que, devant la mobilisation générale de la presse, Stéphane Guédé, Théophile Kouamouo, Saint-Claver Oula, les trois confrères de "Le Nouveau courrier" sortiront, très bientôt, de la Maison d’arrêt et d’arrêt d’Abidjan (Maca).


TANOH Benoît

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