Début du jeûne musulman: De longues files d’attente devant les boulangeries, quelles solutions ?
Mais, dans cette période où le couvre-feu réduit le temps de mobilité des uns et des autres, certaines courses deviennent difficiles à effectuer. Celles par exemple de se procurer le pain les soirs dans les boulangeries. De longues files d’attente, le non-respect dans certains endroits de la distanciation de 1 m. Le tout, accompagné de colère pour le temps qui est mis pour avoir une baguette de pain quand l’heure du couvre-feu approche.
Ces scènes sont observées à la boulangerie pâtisserie au quartier Berlin à Bingerville. Le dimanche 26 avril, il est 20h 15. Trois longs rangs d'environ une trentaine de personnes chacun sont observés. La distanciation de 1 m est respectée. Les mains ont été obligatoirement lavées. Mais certains ne portaient pas de cache nez. Mais, ce n’est pas le souci des uns et des autres. Leur première préoccupation comment se procurer une baguette de pain pour rentrer.
« Je suis-là depuis une demi-heure. Nous sommes en temps de carême, donc chacun achète le pain à l’avance pour qu’à 4h du matin, il puisse prendre le repas. Pour avoir ce pain, c’est tout un problème depuis maintenant 3 jours », a fait remarquer Touré Dia, bien serein dans l’un des rangs. « Dans notre zone, c’est la seule boulangerie qui nous fait du bon pain. Avec le carême, tout le monde se retrouve à la même heure et c’est difficile. Surtout avec le couvre-feu, chacun veut vite rentrer et c’est compliqué », a, pour sa part, expliqué Kouamé Casimir, venu lui aussi prendre le pain pour la rupture du jeûne.
Même scène dans une boulangerie située avant le carrefour Abatta (route de Bingerville). Une longue file d’attente dont la queue se retrouve presque sur la voie. « Avoir le pain dans cette période de jeûne musulman avec le couvre-feu, c’est un peu difficile. Tu peux passer près d’un quart d’heure. Nous sommes obligés », a indiqué Mme Koffi Anastasie. Il était 19h 37, le samedi 25 avril. Dans la même posture, M. Isidore Silué attendait de se faire servir selon lui, après une trentaine de minutes à attendre son tour.

Et pourtant les gérants de boulangeries font ce qu’ils peuvent
« Avec la situation qui prévaut, toute la famille est à la maison. Ils ont besoin de nourriture. Du coup, la demande est forte. Aussi, le jeûne musulman vient de débuter. Bien que ce monde constitue une bonne clientèle, nous sommes obligés de produire peu, parce que nous ne vendons qu’au guichet. En plus, le couvre-feu ne nous permet pas d’aller au-delà de 20h 45 pour la production. Pourtant dans cette zone, les clients préfèrent le pain quand il est chaud afin de le conserver jusqu’au petit matin », a fait savoir Mme Deka Hermine, responsable de la production qualité à la boulangerie pâtisserie cristal de Berlin (Bingerville).
Dans l’une des pâtisseries situées à la Riviera Golf, l’un des vendeurs a laissé entendre : « Bien que nous vendons un peu plus, il est difficile de satisfaire les clients habituels pour la simple raison que ces derniers, à partir de 20h 30, ne viennent plus. D’autres venaient prendre leur café, et dans les échanges consommaient et prenaient nos produits. Depuis l’instauration du couvre-feu, les habitudes ont changé. Avec le jeûne musulman, auparavant, nous vendions bien. Mais dans cette situation de Covid-19, où le couvre-feu a réduit le temps de la soirée, nous avons des difficultés ».
Des suggestions pour satisfaire la clientèle
« Pour pallier cette situation, il faut essayer de repousser l’heure du couvre-feu. Au lieu de 21h, il faut le mettre à 24h pour finir à 4h du matin. Ainsi, nous pourrions produire jusqu’à 22h voir 23h afin que tout le monde soit satisfait. Parce que les gens ne peuvent pas sortir à 1h du matin pour en prendre comme auparavant », a proposé Mme Deka Hermine de la boulangerie pâtisserie cristal de Berlin (Bingerville).
Pour Koulia Ayo Nestor, client d’une boulangerie pâtisserie située non loin de l’école américaine à la Riviera 3, l’augmentation de la production et la mise en place de nouveaux guichets dans les pâtisseries et boulangerie en cette période exceptionnelle, serait la solution pour éviter de longues files d’attente.
« Pour moi, le gouvernement doit revoir l’heure du couvre-feu. Le repousser au moins à 23h ou minuit pour 4h du matin. Ainsi, chacun de nous pourrait sans difficulté acheter le pain. Vous savez, compte tenu de la pauvreté qui prévaut dans les familles en cette situation où beaucoup de personnes ne travaillent pas pour cause de Covid-19, le pain est devenu une denrée prisée. Il coûte moins cher et son accompagnement est facile à obtenir », propose Sylvain Tahé, client de la boulangerie située non loin du carrefour Abatta.
Pour Sabine Ahou, rencontrée à l’entrée de l’une des pâtisseries de la Riviera Golf, pas question de toucher aux horaires du couvre-feu. « Dans la rue, j’entends des personnes dire qu’il faut que l’heure du couvre-feu soit repoussée. Je dis non. Parce qu’au tour des chrétiens, il n’y a pas eu de difficultés à ce niveau. C’était presque dans les mêmes circonstances. Alors je pense qu’il ne doit pas avoir deux poids deux mesures. En plus le Covid-19 nous oblige à ce changement d’habitudes. Respectons et nous seront heureux au bout du compte », a-t-elle souligné.