Musique reggae : Mama Kaffé signe son retour aux sources avec ‘‘ Slave ’’

Mama Kaffe. (DR)
Mama Kaffe. (DR)
Mama Kaffe. (DR)

Musique reggae : Mama Kaffé signe son retour aux sources avec ‘‘ Slave ’’

Lorsqu’en 2007, Mariam Émilie Chérif Brou Legros, alias Mama Kaffé foule le sol de la Jamaïque pour la première fois, c’est l’aboutissement de plusieurs années de sacrifices qui déboucheront plus tard sur une belle carrière qui lui vaut aujourd’hui d’être la première artiste africaine noire à signer avec le très select label jamaïcain VP Records et aussi d’être listée au Grammy Awards en 2018.

Depuis quelques jours, la plus ivoirienne des Jamaïcains séjourne sur les bords de la lagune Ébrié pour partager avec les mélomanes ivoiriens son dernier album de 13 titres intitulé ‘’Slave’’. « Il était temps pour moi, après plusieurs années de scène à l’international, de venir dans mon pays pour présenter le fruit de mon travail et me faire connaître par mes frères ivoiriens. ‘’Slave’’ a été enregistré dans la pure tradition reggae jamaïcain avec des musiciens et des choristes de la vieille garde qui ont joué avec Bob Marley, Peter Tosh, Denis Brown. Justice, égalité, amour, persévérance sont entre autres thèmes que j’aborde dans mes chansons. C’est la somme des expériences vécues, ma vision de la vie, ma sensibilité musicale africaine et jamaïcaine que j’ai traduit dans cet album qui, je l’espère, va plaire aux mélomanes ivoiriens », explique Mama Kaffé qui était de passage le 16 mars à la rédaction de Fraternité Matin.

Tout en Mama Kaffé ramène à la Jamaïque et la culture rasta qu’elle a adopté depuis 1998. Auparavant Djembiste dans le groupe traditionnel mandingue de son frère jumeau, c’est en 1996 qu’elle décide de s’engager à fond dans le reggae. « L’idée de départ était de créer un musée dédié à l’histoire du reggae. Dans mes recherches de collection de documents, je me suis rendue compte que le reggae répondait mieux aux aspirations des peuples noirs qui depuis toujours se battent pour sortir de toutes sortes d’oppressions. Moi-même combattante de l’injustice, c’est donc naturellement que je me suis engagée à pratiquer cette musique d’émancipation des peuples faibles. Ensuite dans mon cheminement, j’ai découvert le rastafarisme que j’ai adopté comme religion. Installée en France en 2000, j’ai commencé à vivre de la musique dans le groupe traditionnel d’un autre frère. Pendant 7 ans, j’ai préparé mon voyage en Jamaïque », se souvient le ‘’Diamant noir’’ de Toumodi (centre de la Côte d’Ivoire) sa ville d’origine de par son père.

Tout en Mama Kaffé rappelle la Jamaïque, son pays d’adoption. Le physique svelte, teint noir café, dread-locks, écharpe aux couleurs rouge, jaune, vert, calebasse en bandoulière faisant office de sac à main. On peut le dire, Mama Kaffé vit pour le reggae et le rastafarisme.

« Je crois que depuis toujours, j’ai le reggae dans l’âme. Aller en Jamaïque était un rêve. Quand je suis arrivée, j’ai été accueillie par la famille de Peter Tosh en banlieue avant de découvrir Kingston la belle (la capitale) avec ses couleurs, sa chaleur humaine, ses vibes et sa grosse industrie de la reggae musique. Pour gagner ma vie, je me présentais dans les grands studios et orchestres pour accompagner les artistes avec mon Djembé qui est mon instrument de prédilection. J’apportais ma particularité de la musique africaine mandingue qu’ils ne connaissaient pas et cela m’a ouvert beaucoup de portes. C’est comme ça que j’ai rencontré Rita Marley, au Museum Bob Marley, qui m’a invitée à jouer avec elle lors d’un mémorial Marley. Je peux dire que grâce à ma musique traditionnelle, j’ai été introduite dans le milieu », se souvient l’artiste qui a été élue meilleure artiste et meilleur clip vidéo aux Akademia Music Awards 2018, avec la reprise de Rita Marley « Beauty of Jah Plan ».

En 2014, sur la scène de Trench Town Rock, un concert pour l’anniversaire de Bob Marley et la célébration de Black history month, elle monte sur scène accompagnée par Scully, le percussionniste attitré de Bob Marley pour présenter son single intitulé ‘’Natural Girl’’. Elle est repérée par son actuel manager américain Roger Grant avec qui elle signe son premier album ‘’Slave’’ (2017), pour la promotion duquel elle séjourne en ce moment en Côte d’Ivoire.

D’Abidjan à Kingston en passant par Dakar et Ouagadougou, Mama Kaffé tisse sa toile et espère séduire les reggaephiles ivoiriens.

SERGES N’GUESSANT