
Dossier/Achèvement de la Maison des enseignants: Comment, après 36 ans de souffrance, le miracle s’est produit
Démarrés en 1985, les travaux de construction du projet de la Maison des enseignants sont enfin achevés... à la surprise générale ! Comment ce chantier, quasiment abandonné, depuis 1987, a pu connaître d’une manière « miraculeuse » ce dénouement heureux ?
Le secrétaire général du Syndicat, Andjou Andjou, révèle avec beaucoup de fierté la stratégie qui a permis de sauver cet endroit qui était devenu « un nid de bandits » à Yopougon.
Le projet, rappelle-t-il, est une initiative de la secrétaire générale d’alors, Mme Anne Allangba. Il était initialement constitué d’une tour de bureaux, d’un auditorium et d’un hôtel de 54 chambres. Les gros œuvres des deux premières entités ont pu être terminés. Mais, le milliard de francs Cfa cotisé par les instituteurs n’avait pas suffi pour l’achèvement des travaux.
On se souvient qu’une grosse polémique avait défrayé la chronique à l’époque. Soupçonnant la secrétaire générale, Anne Allangba, de détournement des fonds, les instituteurs avaient refusé de poursuivre les cotisations, après 12 mois de prélèvement, à raison de 3 000 francs mensuel par membre.
A ce propos, Andjou Andjou note qu’il y a eu beaucoup de supputations. « Certains ont parlé de détournement de fonds. En ce qui nous concerne, nous n’en savons rien. En définitive, nous retenons que l’argent réuni n’avait pas permis de terminer les travaux », dit-il.
La clôture salvatrice
Depuis lors, le chantier était bloqué. Il n’y avait plus le moindre sou pour poursuivre les travaux. « Notre maison était à l’abandon. Les gens ont commencé à grignoter le terrain. L’espace occupé par la station-service Total et par les immeubles construits en bordure de route est à nous.
Pour sauvegarder le reste du terrain, la nouvelle secrétaire générale, Salimata Doumbia, a construit la clôture en 2000. Puis, son successeur, Gnélou Paul, a sécurisé administrativement le terrain par l’acquisition de l’Arrêté de construction définitif (Acd) en août 2015 », explique Andjou Andjou.
La parcelle sécurisée, le problème de l’achèvement du projet restait tout entier. C’est ainsi que, lors du 40e congrès du syndicat à Yamoussoukro en 2018, le secrétaire général, à l’occasion de son accession au poste, a fait des propositions à ses camarades.
Il explique : « Nous leur avons dit que nous possédons deux bâtisses sur un terrain de 15 000 m². Il reste une bonne partie de l’espace qui n’est pas bâtie. Nous ne faisons rien avec ces trois entités. Tout est à l’abandon. J’ai alors proposé que nous cédions une partie de l’espace à un opérateur qui achèvera, en retour, nos bâtisses en souffrance ».
Cette proposition acceptée par le congrès va se concrétiser en 2019 par la signature d’un partenariat avec un homme d’affaires français. Celui-ci, en contrepartie de 800 m² de terrain non bâti qui lui ont été cédés, a achevé la construction de la tour et de l’auditorium en deux années de travaux (juillet 2019 – juin 2021).
« Nous lui avons demandé de terminer nos travaux d’abord avant l’exploitation de son terrain », précise le secrétaire général du Sneppci. Et c’est ce que l’opérateur a fait effectivement. Ce dernier est, depuis quelques semaines, en train de construire son centre commercial.
Des travaux fiables
Le coût des travaux ? Le secrétaire général du Sneppci ne le sait pas « avec précision ». D’ailleurs, cela n’a jamais été sa préoccupation, dit-il. « Le travail est fini. On m’a remis les clés. Cela m’intéresse-t-il encore de demander combien cela a coûté ? », lance-t-il, amusé.
Aujourd’hui, c’est avec beaucoup de fierté qu’Andjou Andjou fait visiter la tour, son vaste bureau situé au 2e étage et les différents compartiments du gigantesque auditorium. Il ne manque surtout pas de montrer les portes de l’ascenseur que le partenaire n’a pas oublié d’installer. « Nous avons demandé et obtenu qu’il nous mette l’ascenseur », dit-il avec la mine rayonnante.
Sur la fiabilité des travaux, le secrétaire général du Sneppci est catégorique. « Il n’y a rien à redire ». Tout a été fait, selon les standards en la matière. Les études ont été faites par le Laboratoire du bâtiment et des travaux publics (Lbtp).
Ses agents ont procédé aux sondages nécessaires. Pendant les travaux, il y avait un technicien sur place afin de suivre les travaux. Il n’y a donc rien à craindre concernant la solidité des bâtiments. « Les techniciens nous ont dit que la fondation de la tour peut permettre de construire un rez-de-chaussée plus dix étages. Elle a été tellement bien faite. Franchement, les gens travaillaient bien avant. Quand on voit le calibre des fers à béton utilisés, on comprend tout. Nos devanciers ont fait du beau travail », soutient-il avec un air sérieux.
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Fin d’un gros problème né d’une grosse incompréhension

Quand, au début des années 1980, les dirigeants d’alors du Sneppci – syndicat unique de l’époque – ont pris l’initiative de réaliser un ensemble immobilier devant accueillir, entre autres, leur siège à Yopougon-Andokoi, ils ont demandé aux instituteurs de se cotiser pour le financement du projet dont le coût révélé était de l’ordre de 965 millions de FCfa.
Les prélèvements devaient être effectués pendant 12 mois. C’est ce qui a été fait. A raison de 3 000 francs par mois, chaque instituteur a payé 36 000 francs. Ce qui a donné une somme totale de 1,65 413 milliard de FCfa. Ce montant a permis de terminer le gros œuvre de deux des trois composantes du projet. A savoir la tour de bureaux et l’auditorium.
Mais avant la fin de ces travaux, une crise naît au sein du bureau national exécutif du syndicat. En 1986, des dissidents révèlent que le coût du projet est passé du simple au double. Soit 2,404 milliards de FCfa. Pour eux, cela ne fait aucun doute : la secrétaire générale, Mme Anne Allangba, a fait de la surfacturation. C’est la bombe !
Pas de surfacturation
En fait, cette accusation n’est qu’une illustration des querelles de personnes et des luttes d’influence qui ont cours depuis un certain temps au sein du bureau national exécutif du syndicat.
La secrétaire générale reçoit cette grave accusation comme une diffamation qu’elle ne peut accepter. Au mois de juillet 1986, elle décide de démissionner de son poste. Mais ne répond pas publiquement à l’attaque de ses adversaires pendant toute l’année.
C’est à la faveur du Conseil syndical de Pâques d’avril 1987 qu’elle apporte la riposte, enfin, à ses détracteurs. Elle explique qu’il n’y a pas eu de surfacturation parce qu’en réalité, le montant global du projet est de 2,404 milliards de FCfa. Et que les 965 millions ne correspondent qu’au projet initial.
« Il y a eu évolution du projet en termes d’agrandissement des locaux et cela a eu une incidence financière », éclaire-t-elle dans une interview parue dans Fraternité Matin du 20 mai 1987. Et elle précise bien que cette évolution date de 1985, c’est-à-dire bien avant le démarrage des travaux de construction.
En effet, dans les conclusions de la Direction des Grands travaux (actuel Bnetd), il était mentionné que le coût de la première tranche du projet s’élevait à 1,309 milliard de FCfa et la seconde à 1,095 milliard. Et ces détails étaient sus de ses camarades du Bureau, avait-elle soutenu dans la même interview.
Le hic, c’est que l’information n’avait pas été donnée immédiatement aux membres de base. A ce propos, la secrétaire générale avait expliqué que l’information avait été gardée secrète sciemment, parce qu’il avait été décidé de sortir les bâtisses de terre d’abord avant d’informer tout le monde.
Cette stratégie visait à faire en sorte que les instituteurs, voyant les réalisations faites avec leurs premières cotisations, acceptent de mettre, à nouveau, la main à la poche, au cas où il y aurait des difficultés de financements bancaires.
Malheureusement, cette stratégie va être fatale au projet puisque l’information fuitera sous la forme d’attaques contre la secrétaire générale pour « surfacturation ». Ce qui, forcément, a eu pour conséquence de braquer les syndiqués qui n’ont plus jamais accepté de prélèvements sur leurs salaires pour ce projet. Et comme où il y a du bruit, les banques n’aiment s’approcher, il n’y a pas eu de financements bancaires non plus.
On se souvient que Jean Burger, directeur général de la Société africaine de gestion et maîtrise (Sagm), maître d’ouvrage du projet, avait, quelques semaines auparavant, clairement soutenu qu’il y avait eu « un problème de communication et non de surfacturation » (conf. Fraternité Matin du 15 avril 1987). Ce qui confortait les explications fournies par Mme Allangba.
Effectivement, à l’époque des faits, l’opinion publique avait fini par comprendre que l’erreur du Sneppci avait été de n’avoir pas informé l’ensemble des instituteurs du redimensionnement du projet, dès 1985. Ce qui avait donné le sentiment qu’il y avait eu surfacturation. Conséquence de cette mauvaise stratégie qui s’est illustrée par un défaut de communication : le chantier est resté inachevé pendant 36 ans.
Aujourd’hui, c’est donc la fin des effets d’une grosse incompréhension.
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On rêve de la Première dame ici à Yopougon
Les dirigeants du Syndicat national de l’enseignement primaire public de Côte d’Ivoire (Sneppci) prévoient inaugurer leur Maison, le 14 avril 2022. Mais, ils tiennent à une chose, à cette occasion solennelle : le parrainage et la présence de la Première dame, Dominique Ouattara. C’est absolument le rêve du secrétaire général, Andjou Andjou. Il en parle avec beaucoup d’émotion.
Il y tient parce que, dit-il, « c’est une dame, à savoir, Anne Allangba, alors secrétaire générale du Sneppci, qui a posé la première pierre de cet ensemble immobilier. C’est elle qui a lancé le projet. Et elle n’était pas loin de l’achever ».
Selon lui, réussir à obtenir le parrainage de la Première dame sera un bel hommage à la mère de cette grande initiative qui fait la fierté de l’ensemble des instituteurs, aujourd’hui.
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Témoignages d’anciens Secrétaires généraux
Doumbia Salimata (Sg de 1998-2008)

« Le Sneppci démontre qu’il est le syndicat le plus grand de notre pays »
Parler de la maison des enseignants réveille en moi plusieurs souvenirs. Celui de reconnaissance à l’endroit d’une femme qui a dirigé le Sneppci pendant 14 ans. Elle est l’initiatrice de ce projet avec son équipe.
Je veux parler de Mme Anne Allangba qui, jusqu’à sa mort, nous convoquait pour savoir comment allons faire pour l’achèvement des travaux de notre bien commun qu’est la Maison des enseignants.
Nous avons essayé à notre niveau de construire la clôture qui a sécurisé notre terrain, car nous nous sommes retrouvés plusieurs fois au tribunal avec des personnes qui construisaient des maisons sur notre parcelle.
Nos sentiments sont des sentiments de fierté et de gratitude à l’endroit de l’actuel secrétaire général Andjou Andjou et de son bureau qui ont réussi par leur génie à concrétiser le rêve de plusieurs générations d’instituteurs.
Avec cette maison, le Sneppci démontre à souhait qu’il est le syndicat le plus grand et le plus crédible de notre pays. Cette maison sera une activité génératrice de revenus la plus sûre pour le syndicat qui pourra offrir des services à ses militants.
Bravo à Andjou Andjou dont le nom restera dans l’histoire du mouvement syndical enseignant ivoirien comme celui qui a matérialisé le rêve de ses devanciers. Je suis surtout fière de l’impressionnante allure du bâtiment qui abrite désormais notre organisation commune, le Sneppci.
Gnélou Paul (SG 2008-2018)

Hommage à Anne Allangba, l’initiatrice
Au moment où le Sneppci prend possession de la Maison des enseignants enfin achevée après 36 ans, je suis animé de sentiments de fierté, de joie et de satisfaction. C’est une œuvre grandiose que notre corporation a réalisée. Dans le monde syndical, je crois qu’une telle réalisation se compte sur le bout des doigts.
En ces circonstances heureuses, nous avons une pensée pour celle qui en a eu l’initiative. A savoir Mme Anne Allahngba. Nous lui rendons un grand hommage pour cela. Hommage aussi à nos devanciers, notamment la camarade Doumbia Salimata, ancienne Secrétaire générale du Sneppci, qui a eu le mérite de sécuriser le terrain par la construction de la clôture. Ce sont les contributions des uns et des autres, y compris la nôtre, qui ont permis d’arriver à la finalisation du projet.
Merci et félicitations au Camarade Andjou Andjou, Secrétaire général national actuel de Sneppci, qui a achevé cette œuvre historique. Nous disposons désormais d’un siège digne qui reflète la grandeur du Syndicat national de l’enseignement public primaire de Côte d’Ivoire (Sneppci).
Je profite de cet instant pour lancer un appel à la solidarité à l’ensemble des membres du syndicat. Parce qu’un syndicat n’est fort que parce qu’il y a l’union. J’exhorte au rassemblement autour du secrétaire général pour lui permettre de poursuivre l’œuvre syndicale. Non seulement pour l’épanouissement de tous, mais aussi pour que le Sneppci reste le fer de lance au niveau international. Faut-il le rappeler, notre syndicat est membre de plusieurs organisations internationales.
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Une propriété à faire pâlir ... d’envie

La Maison des enseignants, c’est une tour R+4 avec un sous-sol. Elle possède une trentaine de bureaux, des salles de réunion, un hall de 200 places et un restaurant à installer sur le toit. En face de la tour, il y a un imposant auditorium, dont la principale composante est une salle ultra-moderne de 1500 places et deux salles annexes de 100 places chacune.
Le Sneppci ne compte pas garder l’usage de toutes ces infrastructures pour lui seul. « Nous devons entretenir toutes ces installations. Comme le syndicat ne dispose pas de moyens, les salles de l’auditorium seront ouvertes à la location », dit-il. Mais, il s’empresse de préciser que « ce n’est pas véritablement du commerce que nous allons faire ».
Il promet que d’autres organisations syndicales d’enseignants pourront s’installer à la Maison des enseignants. « Il y a 30 bureaux. Nous sommes 25 membres du bureau national. Chaque membre a un bureau. Le Sneppci occupera donc 25 bureaux. Les bureaux restant pourront être affectés aux camarades d’autres structures syndicales ».
De plus, d’autres syndicats d’enseignants pourront tenir leurs congrès et autres réunions à la Maison des enseignants. « Ce qui nous permettra de rester dans notre monde. Nous leur disons : vous êtes des camarades. Venez chez nous », lance-t-il.
La Maison des enseignants, c’est aussi une cour de 7000 m² avec parkings et espaces verts, idéale pour les manifestations d’extérieur. Bien qu’il n’ait pas eu un début de réalisation, comme le prévoyait initialement le projet de la Maison des enseignants, la construction de l’hôtel n’est pas pour autant abandonnée. Le secrétaire général du Sneppci fait savoir qu’il sera érigé sur une surface de 600 m² à l’arrière de la Tour.