Cohésion sociale : Une conférence-débat sur le sentiment d’appartenance nationale ouvert à Cocody
« L’objectif de cette table-ronde est de contribuer à la consolidation de la paix et la cohésion sociale par le dialogue social et politique », a indiqué Blandine Angbako, coordinatrice de ce projet en Côte d’Ivoire.
Appartenance nationale
Arnaud Gohi, doctorant en Droit constitutionnel, exposant sur le thème « Concilier nationalité et identité sociologique pour construire le sentiment d’appartenance nationale », affirme que depuis l’indépendance à nos jours, l’Afrique vit au rythme des coups d’Etat et plus de 220 conflits enregistrés.

La Côte d’Ivoire n’y échappe pas avec les multiples conflits qu’elle a connus. Le champ lexical de tous ces conflits est lié à la nationalité. Comment donc construire une symphonie harmonieuse pour bâtir une nation ? C’est tout le sens de cette rencontre.
Selon le conférencier, la nationalité devrait en principe créer un lien étroit entre le citoyen et l’Etat auquel il est attaché. Et ce lien devrait conduire à la Nation. Mais les replis identitaires font souvent ombrage à cette Nation avec des origines culturelles et historiques. La Côte d’Ivoire compte 60 ethnies et 70 langues qui constituent des sources potentielles de conflits si elles sont mal maîtrisées.
Pour lui, les conflits identitaires sont liés à une absence de valeurs nationales qui puissent rassembler les citoyens autour d’un idéal commun. Ou du moins si ces valeurs existent, elles ne sont pas connues et vulgarisées.
Aussi, l’offre politique, le régime politique, la gestion des terres, la question de la valorisation des cultures, celle de la justice et de la sécurité constituent des sources de conflits.
La Côte d'Ivoire a toujours été habitée
S’exprimant sur le thème : « Les facteurs de l’histoire culturelle et politique favorables au renforcement du sentiment d’appartenance nationale », Georges Anoh, docteur en Histoire, explique que la Côte d’Ivoire n’a jamais été un no man’s land comme on le croirait. Elle a toujours été habitée. Il y a des vestiges qui datent du néolithique ou du paléolithique supérieur, des traces qu’on peut retrouver dans des grottes qui montrent que c’est un habitat ancien.

Mais, précise-t-il, la configuration actuelle de la Côte d’Ivoire est le fruit de consensus voulu par le colonisateur. La réalité est que la Côte d’Ivoire ne possédait pas à l’origine un royaume assez puissant fédéré politiquement, culturellement et sur le plan linguistique, avant l’arrivée du colonisateur, comme le royaume Ashanti du Ghana par exemple.
C’est pourquoi la création de la Côte d’Ivoire a donné naissance a une multitude de peuples sans qu’il y ait un peuple dominateur avec un éclatement linguistique qui n’a pas été favorable à la construction d’un Etat-Nation. Mais il existe en Côte d’Ivoire des facteurs qui peuvent aider à la construction de la Nation... Pour lui, ce qui pose problème, ce ne sont pas les valeurs mais plutôt l’éducation civique et politique des citoyens.
Dans sa communication sur « Les facteurs de l’histoire culturelle et politique favorables au renforcement du sentiment d’appartenance nationale », Dr Paul-Hervé Agoubli, enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët-Boigny et président du mouvement ‘’Objectif République’’, souligne qu’il y a un certain scepticisme sur la question de la Nation né d’un excès de nationalisme de la première moitié du 20e siècle. Sans oublier les ouvertures transfrontières à l’idée d’une citoyenneté monde qui avait des idéologies mondialismes et au désistement des peuples de la chose publique au profit d’un réseau technocratique. Ce qui conduit au recul de l’idée de la Nation vue par les organismes internationaux comme une menace.
Pour Dr Agoubli, il y a une tentation de repli identitaire dans la construction de la Nation et celle-ci forcément isolationnisme est un risque majeur. Autant dire que c’est la réalité de la Nation qui est remise en cause. « Mais une Nation en crise ne voudrait pas dire qu’elle n’existe pas pour autant », explique le conférencier.
A partir des exemples des auteurs comme Ernest Reynald et Sylla Abdoulaye, il explique que la Nation est une masse et une émotion.
Parlant de la Côte d’Ivoire, il explique que les premiers colonisateurs de la Côte d’Ivoire (Arthur Verdier, Marcel Treich-Laplène) ont trouvé sur cette terre des Nations (Sanwi, Guébié, Mandingue) qu’ils ont voulues fédérer en une seule. Ils ont certes uni la Côte d’Ivoire administrativement en vue d’en faire un Etat unitaire mais ont-ils réussi à faire de la Côte d’Ivoire une République ou moins une Nation ?
En tout cas, tout porte à croire que ces Nations ivoiriennes n’ont jamais voulu de cette Nation unitaire, en témoigne la guerre du Guébié, la révolte du Sanwi.
Info: une correspondance de E.Y