
Affaire une perfusée à la gare routière de Katiola: Voici la version de la Direction de l’hôpital et celle du mari de la malade
Dans l’établissement sanitaire de cette ville du centre-nord de la Côte d’Ivoire où ils arrivent, à 11h, l’équipe médicale indique à la malade que son cas nécessite qu’elle aille à l’hôpital régional de Katiola (88 km).
L’homme et son épouse prennent la route de Katiola, le même jour. Aux environs de 15h, ils sont à l’hôpital régional de cette ville. La malade est reçue par une infirmière qui lui prodigue des soins, lui pose une perfusion et lui remet un bulletin de référence pour le Centre hospitalier universitaire de Bouaké (Chu).
C’est cette perfusion qu’elle trimbale jusqu’à la gare routière afin d’emprunter un véhicule de transports en commun. Pendant les longues minutes que la malade et son compagnon passent à la gare, dans l’attente d’un véhicule pour le départ vers Bouaké, ils sont la grande curiosité.
Pourquoi se sont-ils déplacés avec la perfusion à peine entamée ? Pourquoi n’ont-ils pas été évacués par ambulance ? Ne se seraient-ils pas enfuis de l’hôpital, comme c’est parfois le cas ? Autant de questions que tout le monde se posent.

Dans le rapport fait par la direction de l’hôpital de Katiola sur cette affaire, on apprend que l’infirmière a expliqué que la malade et son compagnon ont fait savoir qu’ils n’avaient pas les frais d’ambulance et qu’ils préféraient, de ce fait, se rendre à Bouaké à bord du véhicule personnel d’un parent.
S’agissant de la perfusion transportée en dehors de l’hôpital, on apprend dans le rapport que le malade et son compagnon ont quitté l’hôpital à l’insu du personnel, y compris le vigile.
Nous n’avons pas fui
« C’est faux. Comment peuvent-ils dire ce gros mensonge... Nous ne nous sommes pas enfuis. Nous ne pouvions pas prendre une telle décision avec cette grosse piqûre (la perfusion) sur le bras de ma femme », s’est écrié Some Sié que nous avons réussi à joindre par téléphone, hier à 14h.
« Quand nous sommes arrivés à l’hôpital de Katiola vers 15h, l’infirmière a posé une première perfusion avec un petit ballon. Quand la perfusion est finie, elle a mis un grand ballon. Et elle nous a tendu le papier (le bulletin de référence) pour Bouaké.
Elle m’a ensuite demandé si nous allions effectuer le déplacement avec l’ambulance ou en car. Je lui ai répondu en car. Compte tenu de la taille du ballon, j’étais convaincu que le produit ne finirait pas avant 19h-20h.
Pour moi, nous allions passer la nuit à l’hôpital. Mais à notre grande surprise, l’infirmière nous dit de partir immédiatement de l’hôpital, sinon nous risquons de compliquer notre voyage pour Bouaké », relate-t-il.
Surpris par cette libération soudaine, il demande à prendre son sac. On lui en donne l’autorisation.
« L’infirmière était avec deux de ses collègues assis autour d’une table. Ils nous ont bien vu partir avec nos bagages et la perfusion en cours. Nous ne nous sommes pas cachés. Je pense qu’ils ne voulaient pas que nous traînions là », explique-t-il.
Très sûr de lui, Some Sié est prêt à la confrontation avec les trois agents de l’hôpital de Katiola.
.......................................................................................
- Prise en charge ok à Bouaké
Un scanner a été effectué le lendemain dans l’après-midi. L’acte a coûté 75 000 francs à son compagnon. Il a aussi fait face à une ordonnance de 15 000 francs.

Au cours de notre communication téléphonique d’hier, l’homme semblait avoir retrouvé sa quiétude. Sa compagne et lui ont rejoint le domicile d’un parent à Bouaké. Ils ont rendez-vous, ce jeudi 1er juin, avec le médecin.
La malade saura alors si son cas nécessite une intervention chirurgicale ou non. Elle souffre, semble-t-il, d’une ostéite (infection) dans la mâchoire inférieure d’origine dentaire, indique le bulletin émis pour la demande de scanner.
.......................................................................................
- Transfert par ambulance désormais gratuit
« En attendant la prise d’une mesure globale de réorganisation du transport médicalisé des patients, j’instruis les directeurs des départements hospitaliers régionaux et départementaux à l’effet d’assurer, sur les ressources propres de leurs établissements, le transport par ambulance des patients transférés en urgence vers d’autres établissements sanitaires », lit-on dans la note de service signée le 30 mai 2023, par le directeur de cabinet du ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Dr Aka Charles Koffi.

On retient donc que le transfert d’urgence d’un patient d’un hôpital public à un autre par ambulance est désormais gratuit.
Finis donc les tarifs fantaisistes... dans des ambulances souvent mal entretenues.
Plus question, par exemple, de débourser 150 à 200 000 francs en vue d’un transfert de Katiola à Abidjan (400 km).
On comprend pourquoi le directeur de cabinet explique dans la note de service qu’il lui revient, « de façon récurrente, des plaintes concernant les difficultés qu’éprouvent les populations à obtenir le transport en ambulance entre nos hôpitaux ».
Il chute le texte par une phrase d’une grande portée : « J’attache du prix au strict respect de cette mesure ». Voilà !
.......................................................................................
- Une soirée chaude à Katiola !

En tant que premier responsable de la localité, celui-ci a informé la directrice régionale de la Santé et exigé immédiatement un rapport à la direction de l’hôpital.
Le directeur de cabinet du ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Dr Aka Charles Koffi, est entré en communication aussi bien avec la direction régionale de la Santé à Katiola qu’avec le médecin ayant pris en charge la malade.
Touchés par cette affaire qui a eu lieu dans leur localité, des cadres et ressortissants de Katiola sont entrés en contact téléphonique avec le compagnon de la malade.
Le maire a même fait un geste financier, dans la matinée de mardi. D’autres personnes promettent d’en faire aussi.