Burkina Faso, Nord du Mali : Ces attaques qui inquiètent
Un véhicule qui s’arrête brusquement. Des soldats qui en descendent et tirent avant même de fouler le sol. Ce n’est pas un film. Au Burkina Faso, c’est un cauchemar que les Ouagalais auraient aimé ne plus revivre. Surtout les habitants de la zone du boulevard Kwamé Nkrumah. Dans cette zone, ont eu lieu les attaques les plus sanglantes. Cappucino, hôtel splendide, café-restaurant Aziz-Istanbul et hier des sites emblématiques du centre de Ouagadougou. Les assaillants ont visé l'ambassade de France, l'institut français, le Premier ministère (primature) et l'état-major des armées. Oui, ils ont osé attaquer le cœur de l’armée burkinabé.
Ce lieu sous le feu des assaillants, qui y ont provoqué une puissante explosion, atteste de leur détermination. Mais aussi donne l’impression qu’ils se croient en territoire conquis. Et c’est justement l’aspect inquiétant.
Au Burkina Faso, tout le monde a peur. Peur parce qu’une attaque terroriste peut survenir à tout moment.
En fin d’année dernière, lors d’un passage à Ouaga, des confrères burkinabé ont refusé de m’accompagner prendre un pot au café restaurant Calpuccino. « Ces gars-là peuvent revenir à tout moment », m’ont-ils dit. J’y suis allé, ai échangé avec le personnel de cette terrasse devenue célèbre par la sordide action des terroristes. Le personnel ne m’a pas caché sa hantise. « Juste après les attentats, on a repris avec beaucoup de détermination. Mais lorsque ces mêmes terroristes se sont attaqués au café voisin, Aziz-Istanbul, des mois plus tard, on a perdu une bonne partie de notre courage. » Ils s’occupent des quelques clients qui s’aventurent sur le boulevard Kwame Nkrumah jadis très bouillant de monde, en jetant des coups d’œil réguliers sur l’entrée. « C’est par là qu’ils sont arrivés et on a toujours peur qu’ils reviennent », me disaient-ils.
Ils sont revenus hier, mais en s’attaquant à ceux qui protègent la ville entière, le pays tout entier.
Ces militaires sur qui la population compte sont devenus eux-mêmes vulnérables. Ils le sont en fait depuis quelques années. Les bases à la frontière avec le Mali subissent en effet régulièrement les assauts des terroristes. Dans le nord du pays, on dort d’un œil et on ne sort plus les nuits. Même le jour est dangereux. Des enseignants et des gendarmes sont très souvent attaqués. A Toéni, une commune rurale située à 10 kilomètres de la frontière malienne, au nord-ouest du pays, les attaques se multiplient sans qu’on puisse faire quelque chose.
Cette zone est en passe de devenir comme le nord du Mali pratiquement abandonné aux djihadistes. Les terroristes y font toute sorte de trafics et mettent au point les attaques sanglantes dans le sud.
Va-t-on un jour très sérieusement prendre le problème à bras- le -corps ?
Bledson Mathieu